Les motifs

La fantaisie orientale s'exprime librement dans les dessins des tapis, dont la variété est infinie. Ce sont eux qui permettent de dater les pièces et de déterminer les différents centres de production: en effet, chaque région développe ses dessins propres et maintient jalousement sa tradition. Chaque motif a une signification particulière, transmise de génération en génération et révélatrice de l'origine de chaque famille de tapis.
Avec un peu d'entraînement, on parvient assez facilement à différencier les principaux groupes d'origine, au nombre de six: l'Asie Mineure, la Perse, le Caucase, l'Afghanistan, l'Inde et la Chine. L'identification du centre de production exact est plus difficile; elle nécessite l'étude préalable des styles.
Ces considérations ne valent que pour les tapis anciens, c'est-à-dire antérieurs à 1911. Ceux de l'après-guerre sont différents, tant du point de vue des couleurs moins douces, que des dessins, qui ne sont plus typiques des régions productrices. Si, de nos jours, les organisations manufacturières reproduisent aussi des types étrangers à la région de production, la faute en est au goût occidental qui a corrompu la tradition des dessins. Bon nombre de ces innovations sont d'ailleurs devenues aujourd'hui classiques.
Chez les populations musulmanes orthodoxes, l'influence de la religion a été considérable sur la décoration du tapis; aucun fidèle d'Allah et de son prophète ne peut oublier le commandement du Coran: «Garde-toi de représenter le Seigneur ou la créature; peins seulement les arbres, les fleurs, les objets inanimés, parce que le jour du Jugement, les êtres qui ont été peints viendront réclamer une âme à l'artiste, qui, impuissant à les satisfaire, subira le supplice du feu éternel.»
La prédominance du dessin géométrique peut nous sembler l'expression d'un art primitif; en réalité, elle révèle des facultés inventives remarquables. La limitation iconographique n'a jamais empêché ou retardé le libre développement de l'art qui s'est manifesté par la création d'heureuses stylisations.
Ayant embrassé la religion islamique chiite, la Perse ne fut quant à elle jamais soumise à cet interdit iconographique: le champ de ses tapis est animé de centaines de figures humaines ou animales se mouvant librement dans un milieu fabuleux, digne des rêveurs les plus ardents et les plus fantasques. De ce fait, le tapis persan diffère totalement de celui d'autres régions, où il faut reconnaître que la nature n'est pas regardée avec autant de ferveur.
En Asie Mineure, les types sont très variés; on aime les dessins aux lignes brisées, aux figures très stylisées, presque géométriques et que l'on tend à confondre, pour cette raison, avec les motifs de la production caucasienne; l'ornementation est souvent florale, avec des motifs d'inspiration persane. Le tapis à dessin géométrique de Pergame et de Yuruk se ressent de l'apport de l'art traditionnel des tribus turcmènes de l'Asie Centrale, qui vinrent se fixer en Anatolie au début du XIVe siècle.
Dans les tapis caucasiens, une remarquable tendance à la stylisation fait préférer les dessins géométriques et les motifs humains, animaux et floraux épars sur un fond serré de petits losanges, d'étoiles à pointes, de carrés, de triangles et d'autres motifs disposés sans symétrie. Seuls quelques tapis aux dessins assez grands et aux lignes larges font exception.
La production de l'Asie Centrale et du Turkestan, qui adopte également les dessins géométriques, marque une prédilection pour la symétrie et pour la régularité, soit dans la forme, soit dans la disposition.

Les influences chinoises, pénétrées en Iran à la suite des invasions mongoles, ont été intégrées dans le tapis persan avec un remarquable taIent. Des branches entrelacées dessinant des courbes majestueuses, des fleurs de toutes espèces semées avec profusion pour rehausser les figures humaines, pour contraster avec la férocité des bêtes ou pour rivaliser avec la beauté des oiseaux, réels ou fantastiques, forment un ensemble à la fois harmonieux et vigoureux, dont la splendeur raffinée est comparable à celle des miniatures. Une particulière importance est accordée aux bordures, agencées de façon à encadrer le plus somptueusement possible le motif central.
Les motifs des tapis persans, très variés, sont généralement de petit format et soigneusement exécutés jusque dans les plus menus détails; quelques-uns d'entre eux rappellent des croyances très anciennes, des superstitions d'origine très lointaine; d'autres motifs trahissent l'influence des Indes ou de la Chine.
Le dragon et le phénix apparaissent sous des formes diverses, mais généralement en position de combat, dans les anciens tapis persans. La croix gammée - la svastika - le nuage à ruban sont sans doute originaires de Chine, comme le Tsi, éponge sacrée qui symbolise l'immortalité; on trouve ce dernier motif dès le XVIe siècle, sous des aspects divers, dans les célèbres tapis de cour persans et également dans de nombreux tapis caucasiens.
motifs tapisLa fleur de lotus, considérée comme sacrée dans l'Antiquité, est un motif très apprécié en Perse, de même que la palmette, originaire de l'Inde, et qui est reproduite de mille manières, entière ou sectionnée, disposée en rosaces ou en bouclier, dans le sens horizontal ou vertical. C'est peut-être le motif le plus fréquemment utilisé dans les tapis anciens et modernes, non seulement en Perse, mais aussi en Anatolie, au Caucase et en Asie Centrale.
L'ancienne frise des «chiens qui courent» anime les bordures des tapis caucasiens aujourd'hui encore, notamment de ceux noués par les artisans de Soumak.
Le motif sévère de la «grecque» figure souvent dans les tapis de Samarcande où il décore bordures et écoinçons; quant aux bandes étroites des bordures, elles sont ornées de motifs géométriques ou floraux variées à l'infini. Un des plus fréquents est le grenadier, avec son fruit clos ou fendu symbole de fertilité, ou encore l'arbre de vie aux branches disposées symétriquement avec une fleur au sommet.
Un motif particulier aux tapis turcmènes et notamment à ceux de Boukhara est celui dit du «vol des aigles»; on reconnaît ce symbole héraldique dans les losanges disposés en diagonale qui apparaissent dans les deux coins opposés, en blanc sur fond roux, et qui révèlent, après observation, un aigle aux ailes déployées. Les Turcmènes et les anciennes tribus de l'Asie Mineure aiment beaucoup le motif des «roses de Salore», très cher à la tribu du même nom, la plus raffinée et la plus nombreuse de l'Asie Centrale.
La croix à huit pointes, dite «croix de Malte», ne doit pas être interprétée comme un hommage aux Chevaliers de Saint-Jean, mais seulement comme une combinaison géométrique décorative, à rapprocher de celle en étoile à six pointes formée par la superposition de deux triangles équilatéraux, reproduisant le sceau de Salomon et rappelant l'influence d'éléments israélites sur la formation du Coran. Certains polygones équilatéraux évoquent des plans architecturaux. Les tapis de prière connus sous le nom plus général de tapis turcs, sont fabriqués presque exclusivement en Asie Mineure et sont caractérisés par un décor à la fois riche et menu, qui présente de véritables spécimens de dessins architecturaux au style éclectique. En effet, les Turcs, originaires des steppes d'Asie Centrale, n'avaient pas d'art spécifique au moment où ils vinrent s'établir en Asie Mineure. Ils apprirent l'art musulman avec l'islamisme, en empruntant aux arts persan, mauresque et arabe.
Dans le tapis de prière turc figure l'arc mauresque, soutenu par de frêles colonnes, qui correspond, dans le symbolisme islamique, à la niche du mihrab de la mosquée; elle peut présenter un arc brisé ou à plusieurs lobes, comporter une architrave ornée de fines arabesques ou de sentencieux versets du Coran. La niche mystique est souvent reproduite plusieurs fois dans le tapis, formant ainsi une combinaison de deux ou trois arcatures identiques. Les bordures sont généralement larges, à décor végétal avec des arabesques tantôt souples, tantôt aux lignes brisées. Le plus souvent, les couleurs sont vives. Le fond du tapis de prière, représentant la niche, doit être en principe - mais ce n'est pas toujours le cas - dépourvu de tout ornement, afin de ne pas détourner l'attention du fidèle pendant la prière

 

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