Tissage et nouage

Le métier à tisser et le nouage
Il existe quatre sortes de métiers: le métier horizontal, employé surtout dans le Turkestan et par les nomades de Chiraz ; le métier vertical, à trois types: métier villageois, métier Tabriz, métier à rouleaux.

Des trois types verticaux, le villageois est, comme l'on peut s'y attendre, le plus simple: une poutre supérieure et une poutre inférieure horizontales sont solidement assujetties à deux montants verticaux. Les chaînes, normalement tressées en corde, sont enroulées autour de la poutre inférieure et leurs extrémités libres sont réunies en une douzaine de «paquets» fixés à la poutre supérieure. Deux échelles latérales permettent de placer devant le métier une planche sur laquelle le noueur s'assied pour travailler; à mesure que l'ouvrage avance, le siège s’élève. Lorsqu'une hauteur de 1 m 20 à 1 m 50 est atteinte, l'artisan sort les coins qui tendent les chaînes et défait les paquets; la partie nouée du tapis est tirée vers le bas et fixée sur la poutre inférieure, puis les chaînes sont à nouveau tendues sur la poutre supérieure. Le siège est placé sur le premier échelon de l'échelle et le travail de nouage recommence.

Le nom du métier Tabriz provient de la ville où il a été introduit et où il est employé à l'exclusion des autres types; d'un emploi facile et peu coûteux, il est répandu dans presque tous les centres urbains du nord-ouest de l'Iran central. Son progrès par rapport au métier villageois est de supprimer la fixation compliquée des chaînes supérieures et du tapis déjà noué. En effet, les chaînes sont tendues autour du métier, de façon à obtenir deux nappes de fils se continuant, l'une en face du noueur et l'autre derrière le métier. Le déplacement du tapis se fait en tirant la partie déjà nouée vers l'arrière du métier.


Le métier à rouleaux est encore plus perfectionné: les chaînes sont enroulées sur le rouleau supérieur, et le tapis, à mesure qu'il avance, sur le rouleau inférieur. On peut fabriquer ainsi des tapis de toutes les longueurs, ce qui n'est pas possible sur le métier Tabriz, dont le système permet seulement l'exécution de pièces d'une longueur égale à deux fois la hauteur du métier. De plus, le métier à rouleaux, grâce à une tension plus uniforme des chaînes, a pour effet d'accroître la régularité du tapis.
A Kirman, ce type de métier a en général des rouleaux en métal. En Chine, les métiers ont été perfectionnés par l'emploi de vis de tension dans les montants. Au Népal et en Tunisie, ils sont actuellement entièrement métalliques. Chaque métier, qu'il soit horizontal ou vertical, possède un mécanisme très simple, qui permet au noueur de partager les chaînes en deux nappes, afin de pouvoir croiser les fils après chaque passage des trames.
La fabrication du tapis commence par le tissage d'une lisière. On passe plusieurs fils de trame pour obtenir une bande étroite, semblable à une toile grossière qui est destinée à arrêter aux extrémités l'ensemble du nouage. Il existe différentes sortes de noeuds, les plus communs étant le noeud Ghiordès et le noeud Siné.

Le nœud Ghiordès ou nœud turc
On commence le nouage en laissant libres trois ou quatre fils latéraux de la chaîne, lesquels, avec le va-et-vient des fils de trame, formeront une très étroite mais indispensable lisière latérale.
Le noeud est serré sur deux fils adjacents de la chaîne, chacun étant entouré par le brin de laine dont les extrémités ressortent entre eux: on recommence l'opération en laissant une boucle de laine longue de 2 ou 3 centimètres entre chaque noeud, jusqu'aux derniers fils de chaîne de la rangée. La trame vient ensuite parcourir la chaîne dans toute sa largeur, y compris les fils latéraux sur lesquels on n'a pas fait du noeud. On fait passer les deux trames, celle d'aller et celle de retour, à l'aide de deux bâtons qui séparent les fils de chaîne; après son passage, chaque trame est comprimée contre la rangée de noeuds avec un lourd peigne en métal.
On recommence une nouvelle rangée, selon le même procédé, et ainsi de suite, jusqu'à l'achèvement du travail. Les boucles de laine, coupées, donnent des touffes qui, après rasage, constituent le velours du tapis.

Le nœud Siné ou persan
Il se fait également sur deux fils adjacents de la chaîne, en laissant libres les premiers fils pour les lisières latérales. Mais, à la différence du noeud turc, seul un des fils de chaîne est entouré du brin de laine, l'autre étant seulement enlacé, de sorte que les deux extrémités du brin ressortent séparément: la première entre les deux chaînes considérées, la seconde entre l'une de ces chaînes et la chaîne suivante; chaque noeud est séparé de son voisin par une boucle, que l'on coupe après le passage de la trame. Le nouage Siné peut s'effectuer aussi bien de droite à gauche qu'inversement, c'est pourquoi il est appelé parfois noeud à deux mains. Lorsque plusieurs ouvriers travaillent à un même tapis, l'un commence à nouer de la droite, l'autre de la gauche.
On peut faire le nouage sur trois fils de la chaîne, en tenant deux fils unis et un isolé, ou sur quatre fils, en les séparant en deux paires. Ce procédé se répand de plus en plus en Orient: le travail y gagne en rapidité, mais c'est au détriment de la solidité du tapis.
 
Une ouvrière orientale très habile peut exécuter une moyenne de huit à dix mille noeuds par jour. Ce travail pénible et monotone, qui requiert une attention incessante, n'est pas adapté au caractère occidental; divers essais entrepris par des industriels européens n'ont pas abouti: les tapis obtenus étaient grossiers aussi bien dans leur travail que dans leurs matériaux, et pouvaient être différenciés au premier coup d'oeil de leurs modèles persans.

 

En arrière

 

 
 
Tapis Emir, 15 rue Notre Dame, Cannes 06400. Tel : 0497066306
Parse Time: 0.348s